Pour une loi interdisant de fumer dans les lieux publics fermés


FRANCE - On n'a plus le droit de fumer en terrasse!

Le parisien.fr - 19.07.2010

C'est l'heure de la pause. Lessivé par une longue matinée de travail, Sylvain sirote une bière fraîche à la terrasse du Royal Pereire, un bistrot chic du XVIIe arrondissement de Paris. Bonne nouvelle : chaleur et beau temps sont de sortie. Pourtant, ce directeur marketing de 46 ans n'a pas eu besoin de jouer des coudes pour se faire une place au soleil.
« Ici, la terrasse est non-fumeurs », sourit Sylvain, en pointant du doigt la petite ardoise qui signale l'interdiction. Et même si la majorité des tables sont vides, Olivier, le patron des lieux, n'est pas inquiet. « Les gens commencent à se passer le mot mais ça prendra du temps. Il faut être patient quand on est précurseur. »
Inimaginable il y a encore quelques mois, les premières terrasses non-fumeurs commencent à apparaître ici et là. Deux ans et demi seulement après l'interdiction de fumer dans les cafés et restaurants, certains gérants ont donc décidé d'aller au-delà de la loi _ qui épargne les terrasses ouvertes _ en bannissant la cigarette en extérieur. Pour l'heure, seule une poignée d'établissements _ dont une majorité à Paris _ a fait ce pari audacieux. Un phénomène encore naissant « mais en constante augmentation », applaudit Gérard Audureau, président de Droit des non-fumeurs (DNF).
Dernier exemple en date, le restaurant panoramique des Galeries Lafayette, ouvert début juillet, a rangé la clope en plein air au rayon des souvenirs. « C'est un choix dicté par la simplicité : on ne va pas dire aux clients qu'il est interdit de fumer dans le magasin mais que c'est autorisé en terrasse », affirme la direction. « Dès les beaux jours, il y avait des allers-retours incessants entre la salle et le jardin. C'était devenu ingérable », assure de son côté Samy, patron de l'Entrepôt (Paris).
Mais ailleurs, c'est bien l'argument santé qui est d'abord mis en avant. « Les clients non-fumeurs ont aussi le droit de profiter d'un repas en extérieur sans être importunés », estime Annick, propriétaire du Clos de Chevreuse, à Chevreuse (Yvelines). Claude, de passage à la terrasse du Royal Pereire, approuve. « Ça devrait être comme ça partout! » s'enthousiasme cet ex-fumeur de 50 ans.
Les bonnes intentions des gérants cachent aussi l'envie de s'arroger un marché encore déserté. « Il existe une vraie demande pour des terrasses réservées aux non-fumeurs », note Gérard Audureau. La preuve : à Toulon (Var), si le chiffre d'affaires de l'Escapade a d'abord souffert, « les non-fumeurs ont fini par se passer le mot », sourit le chef de salle. Une aubaine qui se paye au prix de quelques prises de bec. « On se fait engueuler par des fumeurs tous les jours. Ils nous disent : Et maintenant, les terrasses! Mais laissez-nous vivre à la fin! » Pourtant, certains accros au tabac apprécient. « Ça permet de faire des pauses sans cigarette. Et puis on profite mieux du repas », souligne Laura, 27 ans, une cliente régulière de l'Entrepôt.
Si la bataille des « pour » et des « contre » ne fait que commencer, son issue importe peu. Car dans tous les cas, ces initiatives ont toutes les chances de faire tâche d'huile. « C'est même une certitude », prédit Gérard Audureau, qui listera dès la rentrée ces établissements précurseurs sur le site de son association*. En attendant que la loi s'y mette? « Ce n'est pas à l'ordre du jour », balaye-t-on au ministère de la Santé.

Les opposants aux fumoirs ont échoué

20 Minutes - 17 juin 2010

L'association Oxyromandie, qui avait contesté l'installation de fumoirs dans les cafés genevois, essuie un échec définitif.

Le Tribunal fédéral (TF) refuse de bannir les exceptions à l'interdiction de fumer telles qu'elles sont ancrées dans la législation genevoise.

Avocat des antifumée, Christian Grobet avait affirmé que l'autorisation d'aménager des fumoirs viole la constitution cantonale. Celle-ci garantirait à chaque citoyen le droit de ne pas être exposé à la fumée du tabac.

Pas un droit fondamental

Pour le TF, cette opinion ne peut être suivie. La règle qui ancre l'interdiction de fumer dans la constitution genevoise est une norme générale de protection de la santé. Elle ne crée pas un droit fondamental dont tout citoyen peut se réclamer.

Les dérogations prévues par le Grand Conseil genevois, notamment l'installation de fumoirs dans les cafés, sont parfaitement admissibles. Mon Repos précise cependant que ces endroits, contrairement à ce que le parlement avait soutenu, ne sont pas des lieux privés.

Des lieux «clos»

Cette erreur de dénomination ne change cependant rien à la validité de l'exception prévue en faveur des fumoirs, qui doivent être des endroits «clos». Sur ce point, OxyRomandie, par ailleurs déçue de l'arrêt, restera très vigilant. L'association veillera en effet à ce que les fumoirs respectent les exigences techniques qui leur sont imposées et qu'aucun service n'y soit effectué, indique-t- elle dans un communiqué.

Dans la foulée, la Haute Cour donne son feu vert à la dérogation prévue en faveur des cercles, qui se justifie par le fait que «ces endroits sont par définition de caractère privé».

Quant au fumoir de l'Aéroport international de Genève, il est lui aussi admissible au regard du principe de proportionnalité. Ce lieu est destiné aux voyageurs en transit qui ne peuvent pas quitter les bâtiments et qui, en raison de l'interdiction de fumer pendant les vols, «pourraient se voir privés de la possibilité de fumer durant de nombreuses heures».

Déception

La décision des juges de Mon Repos déçoit Jean Barth, président du comité d'initiative «Fumée passive et santé». «On ne peut pas nier dans le contexte actuel la dimension politique de l'arrêt du TF», a-t-il indiqué jeudi à l'ATS. «Notre parlement porte l'entière responsabilité d'avoir dénaturé notre initiative en en diminuant la portée sous la pression des lobbies pro-tabac», a-t-il déploré.

L'introduction de fumoirs est un non-sens sur le plan de la santé publique, martèle-t-il. Mais il ne s'avoue pas vaincu pour autant. Des projets d'initiative fédérale et d'initiative législative cantonale sont à l'étude, annonce-t-il.

A Genève, l'interdiction de la fumée passive a constitué un véritable feuilleton politico-juridique à rebondissements. Les adversaires de l'interdiction se sont mobilisés pour empêcher l'application de l'initiative antifumée acceptée par près de 80% des Genevois début 2008. Le Grand Conseil a finalement voté une loi d'application moins stricte que le texte de l'initiative.

De nouvelles victimes...

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illustration : Simon Astier
Article paru dans Terraeco.net

Fumer tue. Le tabagisme passif compte même de nouvelles victimes : les forêts, les sols, l'eau ou l'air. Depuis le champ jusqu'au marchand de tabac du coin de la rue, voici comment la Terre (et votre santé) partent en fumée.

Huit centimètres de longueur, à peine un de diamètre et un bilan à vous couper la chique. Fumer nuit gravement à la santé - c'est entendu -, mais aussi à l'environnement. Tout commence dans un champ de tabac. Dans 90 % des cas, cela se passe dans un pays en développement. Pendant trois mois, de petites mains, en majorité chinoises, brésiliennes et indiennes, récoltent une à une les feuilles de ces plantes herbacées, du nom latin sans équivoque : Nicotiana tabacum. En 2008, 3,7 millions d'hectares ont produit 6,9 millions de tonnes de feuilles, faisant du tabac la principale culture non-vivrière au monde.
Ecrans de fumée
A une époque où le prix des clopes croît aussi vite que celles-ci se consument, on imagine les producteurs s'asseoir chaque mois sur un confortable pécule. Que nenni ! « Les cultivateurs, dont beaucoup d'enfants, sont maintenus dans une situation de grande pauvreté en raison de contrats d'exploitation inéquitables des cigarettiers », accuse Marty Otañez, professeur d'anthropologie à l'université du Colorado de Denver (Etats-Unis) et auteur d'un rapport sur les conséquences sociales du tabac pour la convention cadre antitabac de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Ces tabaculteurs, qui se font rouler comme du papier à cigarette, en sont alors réduits à travailler avec les moyens du bord, au grand dam de Dame Nature. Voilà pour le volet social. En matière d'environnement, le pire réside dans l'étape du séchage, juste après la récolte. Ce moment-clé où les feuilles virent du vert au jaune. Une majorité de producteurs ne dispose que de bois pour cela. Résultat : les forêts proches des champs sont littéralement passées à tabac. « Des arbres sont coupés pour alimenter les fours, ainsi que pour construire des séchoirs à l'air naturel », assure Helmut Geist, professeur à l'université d'Aberdeen en Ecosse et coordinateur d'une étude récente sur les impacts du tabac sur les écosystèmes. Les chiffres sont sans appel : le séchage d'un seul kilo de tabac nécessite en moyenne dix kilos de bois. Chaque année, ce sont plus de 200 000 hectares de forêts primaires qui partent en fumée dans les pays en développement, particulièrement en Afrique, où le rythme de la déforestation est dix fois plus important dans les régions tabacoles que sur l'ensemble du continent.
Goutte-à-goutte et culture bio
En réponse, les cigarettiers exhalent tous le même argument : programmes de reboisement. L'un des poids lourds du secteur, British American Tobacco, dont le chiffre d'affaires s'est élevé à 16 milliards d'euros en 2009 (+ 17 % par rapport à 2008), assure avoir financé la plantation de 267 000 hectares de forêts. Ecran de fumée ? « Ces mesures sont insuffisantes pour enrayer le rythme de la déforestation et ne servent qu'à redorer l'image des industriels », rétorque Helmut Geist. D'autant qu'ils privilégient des arbres à croissance rapide qui ne respectent pas toujours les écosystèmes. « En Afrique, l'eucalyptus pompe la nappe phréatique », regrette Marty Otañez. Un coup de plus pour les sols et les eaux, déjà pollués par les lourdes applications de pesticides et d'herbicides que nécessite le tabac. Au Malawi, une tonne d'engrais est injectée par hectare de plantation.
A défaut d'arrêter, certains pays cherchent à réduire leur consommation. La France, 5e producteur européen avec 2 300 agriculteurs, fait office de modèle pour un sevrage tabagique de l'environnement. Christophe Allemand, 42 ans, exploite avec son frère 25 hectares de tabac en Charente. Bilan : il émet 32 tonnes de gaz par an pour alimenter ses fours et consomme 1 800 m3 d'eau par hectare pour ses champs. « On a réduit la consommation d'eau de moitié grâce au goutte-à-goutte et celle des produits chimiques d'un tiers en ne traitant plus les plants systématiquement », détaille le producteur. Certains poussent même le filtre plus loin en expérimentant du tabac bio. « Il s'agit d'éviter tout produit chimique, mais aussi de limiter la densité des plantations, de favoriser les rotations avec d'autres cultures et de protéger les sols », précise Bénédicte Guibert, de l'Association nationale interprofessionnelle et technique du tabac (Anitta). Seul hic, le tabac français ne représente que 0,2 % de la production mondiale. De la poussière dans un cendrier.
Une fois le tabac cultivé et récolté, direction l'une des 300 usines de cigarettes au monde. Là, les feuilles sont traitées avant d'être agrémentées d'un mélange top secret de 2 500 composants chimiques, aux noms plus appétissants les uns que les autres : nicotine, phénol, butane, ammoniac, monoxyde de carbone, polonium ou encore arsenic. Tout ce beau petit monde est ensuite déposé sur des bobines de papier à cigarette atteignant 6 km de long. Avec des machines qui débitent 14 000 cigarettes à la minute, on comprend que la consommation de bois ne se limite pas à la culture du tabac. Les cigarettes roulées sont enveloppées de papier aluminium, rangées dans des paquets fermés de plastique, puis dans des cartouches et enfin des cartons.
7 minutes de volutes
Avec ce système de rangement en poupées russes, 33 000 tonnes de déchets - dont seulement un tiers est recyclé - ont été produits en 2007 par Reynolds American, deuxième cigarettier aux Etats-Unis. Au total, selon ses propres données, il aurait émis 370 000 tonnes équivalent CO2 de gaz à effet de serre. Il faut y ajouter les émissions produites pour parcourir les dizaines de milliers de kilomètres qui séparent les usines de votre bureau de tabac de quartier. Et pour limiter son bilan carbone, impossible d'acheter français : le tabac produit ici est exporté aux quatre coins du monde pour être mélangé avec d'autres feuilles, puis... revenir en France.
Une dernière pour la route ? A peine 7 minutes d'usage et 4 000 substances chimiques se dégagent dans l'atmosphère. Quand l'on sait que 5,5 milliards de cigarettes se vendent chaque année dans le monde, le bilan carbone du fumeur de tiges se dessine dans ses ronds de fumée. La cigarette finit sa vie souvent par terre : 4,5 milliards de mégots jetés ainsi chaque année (lire aussi page 15). De quoi vous donner envie d'éteindre celle que vous fumiez en lisant cet article et de l'écraser... dans un cendrier.